Mon ami tenait un ruban à mesurer entre ses mains. Il l’a déroulé lentement sur la table, centimètre après centimètre, pendant que nous parlions de la durée d’une vie. Puis il s’est arrêté, a posé le doigt sur une marque précise, et m’a dit : « Voilà où tu es. » J’avais soixante-douze ans au moment d’écrire ces lignes. Si je me rends jusqu’à cent ans — un cap que seule une infime minorité franchit à l’échelle mondiale — il ne me reste, en réalité, qu’une mince fraction du ruban à parcourir. Le reste est déjà déroulé derrière moi.

Ce geste tout simple, un ruban tendu sur une table, a fait plus pour moi que bien des sermons : il a rendu visible ce que mon cœur refuse instinctivement de regarder en face.

Le trésor que nous amassons

Si l’on prend le temps d’observer notre société de consommation, on y perçoit des êtres humains en quête perpétuelle de matériel, accumulant des biens sans se soucier qu’un jour très proche, ils n’habiteront plus ce monde éphémère. Jésus aborde cette réalité de front en expliquant que nos affections suivent naturellement ce à quoi nous accordons de la valeur :

Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent […] Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
— Matthieu 6.19, 21

Le sage Salomon ajoutait, avec la même lucidité :

Veux-tu poursuivre du regard ce qui va disparaître ? Car la richesse se fait des ailes, et comme l’aigle, elle prend le vol vers les cieux.
— Proverbes 23.5

Le temps est plus précieux que l’or. Il vous est toujours possible d’augmenter votre richesse financière, mais vous ne pourrez jamais acquérir plus de temps. Et pourtant, c’est le trésor que nous surveillons le moins.

Un paradoxe que la Bible dénonce

La finitude de la vie est l’une des réalités les plus certaines et les plus indéniables : aucun être humain ne peut y échapper. Pourtant, l’un des plus grands paradoxes de l’humanité est que si peu de personnes y prêtent réellement attention. La Bible le déclare pourtant sans détour :

Car nous sommes devant toi des étrangers et des habitants passagers, comme tous nos pères ; nos jours sur la terre sont comme l’ombre, et il n’y a point d’espérance de rester.
— 1 Chroniques 29.15

📖 Étude de mot — עוֹלָם (olam)

« Éternité », « temps caché », « ce qui dépasse l’horizon »

Le mot hébreu olam ne signifie pas d’abord une ligne infinie de temps, comme notre mot français « éternité » le laisse entendre. Sa racine évoque plutôt ce qui est caché à l’horizon — un temps si vaste qu’il échappe à notre regard.

C’est précisément ce mot que Salomon emploie en Ecclésiaste 3.11, lorsqu’il écrit que Dieu « a mis dans leur cœur la pensée de l’éternité ». Autrement dit : Dieu a déposé en nous la conscience d’un horizon que nos yeux terrestres ne peuvent embrasser entièrement. Le vertige que nous ressentons devant l’infini n’est pas un défaut de fabrication. C’est une signature.

Pourquoi notre cerveau détourne le regard

M’intéressant aux neurosciences depuis quelques décennies, j’ai découvert qu’il existe une raison fascinante pour laquelle l’être humain ignore si facilement son statut de simple voyageur sur cette terre.

🔬 Ce que la recherche suggère sur le déni de la mort

Des chercheurs de l’Université Bar-Ilan, en Israël — notamment Yair Dor-Ziderman et Avi Goldstein, dans une étude parue dans NeuroImage — ont suggéré que notre cerveau déploierait un mécanisme de défense puissant pour nous protéger de l’angoisse existentielle.

Selon cette recherche, lorsque le cerveau est confronté à des informations liant la mort à notre propre personne, son système de prédiction semblerait se désactiver presque instantanément : il refuserait d’associer le « soi » à la mort, classant la finitude comme un événement qui n’arriverait qu’aux autres.

Les auteurs y voient une forme de nécessité biologique : si nous étions constamment conscients de notre fin inévitable, la peur risquerait de nous paralyser. Notre cerveau « éteindrait » donc cette réalité, pour nous permettre de bâtir et d’avancer au quotidien.

Cette fonction est logique, mais elle cache un piège subtil. Si notre cerveau a tant de mal à concevoir notre propre mort, ce n’est peut-être pas seulement un mécanisme de survie. C’est peut-être surtout l’écho d’une vérité spirituelle bien plus ancienne : nous avons été initialement créés pour l’éternité. Ce déni naturel serait alors le signe résiduel que la mort n’était pas notre condition d’origine.

Néanmoins, Dieu a fixé les bornes de notre vie terrestre :

Les jours de l’homme sont fixés, tu as compté ses mois, tu en as marqué le terme qu’il ne saurait franchir.
— Job 14.5

Regarder au-delà du ruban

D’un côté, notre cerveau est programmé pour nous ancrer dans le présent et nous donner l’illusion de la permanence. De l’autre, la Bible nous invite à contourner ce biais en fixant notre regard sur ce qui compte vraiment. L’apôtre Paul fait cette distinction cruciale :

[…] parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles.
— 2 Corinthiens 4.18

L’apôtre Pierre utilise, lui, l’image du voyage pour nous encourager à ne pas nous encombrer des fardeaux de ce monde :

Bien-aimés, je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs sur la terre, à vous abstenir des convoitises charnelles…
— 1 Pierre 2.11

Abraham, l’homme qui campait vers l’invisible

Bien avant l’apôtre Pierre, un homme avait déjà compris ce que signifiait vivre en voyageur. Abraham a quitté sa terre natale sans savoir où il allait, et il a passé le reste de sa vie sous des tentes — jamais dans une maison de pierre — dans le pays même que Dieu lui avait promis. L’épître aux Hébreux résume ainsi sa posture : il « attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur » (Hébreux 11.8-10). Abraham a possédé des troupeaux, de l’argent, une famille — mais il n’a jamais coulé de fondations permanentes dans un pays de passage. Il savait où était sa véritable adresse.

Le motorisé et le camping temporaire

Prenez l’exemple d’un voyageur qui sillonne les routes au volant de son motorisé. Même s’il gère avec précision son système électrique à double batterie pour être parfaitement autonome lors de ses escales, il ne lui viendrait jamais à l’idée de couler des fondations en béton sur un site de camping temporaire. Il apprécie le paysage, utilise judicieusement ses réserves d’énergie pour l’étape du jour, mais il garde l’esprit léger. Pourquoi ? Parce qu’il sait qu’il est en transit et qu’il connaît sa destination finale.

C’est exactement la posture qu’Abraham avait adoptée trois mille ans plus tôt, et celle que Pierre nous invite à reprendre aujourd’hui.

Le seul chemin qui ne finit pas dans l’ombre

Tout comme la mort physique est une certitude absolue, la mort éternelle l’est aussi. Et voici le grand paradoxe : pour certains, cette mort définitive n’est qu’une illusion qu’ils refusent de voir. Jésus a dit qu’il existe deux chemins, et Il s’est offert comme étant Celui qui mène à la vie.

Celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais.
— Jean 11.25
Mes brebis entendent ma voix ; je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais…
— Jean 10.27-28

Le décompte de ta vie terrestre est en marche — mon ruban à mesurer me le rappelle chaque jour un peu plus. Choisis donc le chemin de la vie éternelle, celui de Celui qui a donné sa vie pour toi. Ceux qui croient en lui sont déjà passés de la mort à la vie.

🙏 Prière

Seigneur, tu as mis l’éternité dans mon cœur, et pourtant je vis si souvent comme si ce monde était mon unique demeure.

Apprends-moi à compter mes jours, non pas pour vivre dans la peur, mais pour vivre avec sagesse.

Détache mon cœur des trésors qui rouillent, et attache-le à Celui qui ne passe pas.

Je choisis aujourd’hui le chemin de la vie éternelle. Amen.

✒️ Note d’introspection

Prends un moment, seul ou en silence devant Dieu, pour répondre honnêtement à ces questions.

  1. Si quelqu’un déroulait un ruban à mesurer devant moi et pointait « où j’en suis », quelle serait ma réaction — surprise, déni, paix ?
  2. Quels « trésors sur la terre » est-ce que j’amasse en ce moment, et qu’est-ce que cela révèle sur ce à quoi mon cœur s’attache réellement ?
  3. En quoi mon quotidien ressemble-t-il davantage à quelqu’un qui coule des fondations permanentes qu’à un voyageur en transit ?
  4. Qu’est-ce que je regarde en ce moment — les choses visibles et passagères, ou les choses invisibles et éternelles ?
  5. Ai-je choisi le chemin de la vie éternelle offert en Jésus ? Si oui, est-ce que je vis réellement comme quelqu’un qui connaît sa destination finale ?

Si tu désires approfondir cette quête spirituelle, n’hésite pas à communiquer avec moi.